Il arrive que même les messages les plus remarquables ne parviennent pas à convaincre. Des idées inspirantes, révolutionnaires, parfois capables de changer le monde, ont été écartées ou accueillies avec indifférence.
On pourrait penser que c'est l'idée elle-même qui a été rejetée. Pourtant, le problème tient parfois à la manière dont elle a été présentée.
Transmettre un message à quelqu'un, qu'il s'agisse d'un lecteur ou d'un auditeur, demande plus que des mots et de la grammaire. Il faut aussi que ce message ait une valeur pour son destinataire. Les mots et la grammaire sont les outils qui permettent de construire correctement un message. La valeur, elle, est plus subjective : elle dépend de ce que le destinataire peut en retirer.
Donner de la valeur à une information ne signifie pas la généraliser ou la simplifier. En rédaction, on aborde souvent cette question en se demandant : Pourquoi est-ce que cela m'intéresse ? Mais une autre question est plus utile : Pourquoi cela devrait-il intéresser le lecteur ? Si le message s'adresse à un lecteur, c'est de son point de vue qu'il faut considérer la valeur de l'information.
C'est là que la communication devient plus délicate. Ce que l'auteur juge important ne correspond pas nécessairement à ce qui retient l'attention de son destinataire. L'information doit donc présenter suffisamment d'intérêt pour que celui-ci reste attentif assez longtemps pour comprendre le message.
Cela ne signifie pas que les priorités de l'auteur soient mauvaises. Bien au contraire : ses arguments peuvent être importants et parfaitement fondés. Il ne s'agit pas d'opposer le point de vue de l'auteur à celui du destinataire, ni d'établir une hiérarchie universelle entre les informations. La difficulté consiste à comprendre quelle information permettra à ce destinataire précis, dans ce contexte particulier, d'entrer dans le sujet.
Prenons l'exemple d'un médecin qui présente un traitement coûteux à un patient. Il peut commencer par expliquer la méthode utilisée, ses avantages techniques et son coût. Toutes ces informations peuvent être importantes. Mais si le patient se demande encore ce que ce traitement pourrait concrètement lui apporter, il risque de décrocher avant même que le médecin n'arrive à l'explication qui donnerait tout son sens à ces informations.
Le même problème se pose en communication scientifique. Un chercheur peut décrire avec enthousiasme les dernières améliorations apportées à un détecteur, sans jamais expliquer ce qu'elles permettront aux scientifiques de mesurer ou de comprendre, alors que cela leur était impossible auparavant. Pour le chercheur, le progrès technique peut être passionnant en soi. Pour le lecteur, son intérêt ne devient parfois évident que lorsqu'il est relié à la question scientifique à laquelle il contribue à répondre.
Une rédaction et un travail éditorial de qualité permettent de rendre cette valeur perceptible. Ils établissent un lien entre ce que l'auteur considère comme important et ce que le destinataire a besoin de comprendre, sans compromettre la qualité ni la précision de l'information.