L'éditeur n'est pas votre ennemi
par Kristiane Bernhard-Novotny
Recevoir un texte corrigé peut être une expérience déconcertante. L’introduction a été réécrite, des paragraphes ont été déplacés et une anecdote soigneusement choisie a disparu. Des commentaires remettent en question des explications qui semblaient pourtant parfaitement claires au moment de leur rédaction.
L’auteur peut alors avoir l’impression que l’éditeur travaille contre lui.
Pourtant, tous deux poursuivent un objectif commun : produire un article qui suscite l’intérêt du lecteur, transmet les idées de l’auteur et rend agréable la lecture d’un sujet complexe. Reste à déterminer comment y parvenir.
L’auteur connaît son sujet, le raisonnement qui sous-tend son travail et les détails qui le distinguent d’autres recherches. L’éditeur apporte un autre regard, en s’interrogeant sur la manière dont le public visé recevra et comprendra ces informations.
Un détail qui semble essentiel à l’auteur peut interrompre le fil de l’argumentation. Une anecdote familière à ses collègues peut nécessiter tant d’explications qu’elle finit par détourner l’attention du sujet principal. À l’inverse, un élément mentionné presque en passant peut constituer une entrée en matière particulièrement intéressante pour le lecteur.
Ces différences de perspective ne traduisent pas nécessairement un désaccord sur le fond. Elles portent souvent sur la meilleure manière de présenter le sujet.
L’éditeur peut proposer de réorganiser une explication, de remplacer un exemple ou de supprimer un paragraphe. Mais suggérer une modification ne suffit pas. Il doit aussi expliquer en quoi celle-ci pourrait améliorer l’article : comment elle renforce l’argumentation, permet de garder le fil conducteur ou aide le lecteur à comprendre l’importance du travail présenté.
La réaction de l’auteur est tout aussi importante. Un détail qui semblait superflu peut finalement se révéler essentiel au raisonnement. Une objection à une modification proposée peut mettre en lumière un aspect que l’éditeur avait négligé. Ces échanges peuvent ainsi aboutir à une solution meilleure que celles envisagées initialement.
C’est dans ce dialogue que l’accompagnement éditorial prend tout son sens. L’éditeur aide l’auteur à faire les choix nécessaires pour présenter son travail, tandis que l’auteur veille à ce que l’article reste fidèle au sujet traité. Ensemble, ils cherchent la structure, les points à mettre en valeur et les formulations les mieux adaptés au lectorat visé.
Au moment de la publication, les questions, les discussions et les révisions ne sont plus visibles. Il reste un texte qui reflète la contribution intellectuelle de l’auteur et donne au lecteur envie de s’intéresser au sujet.
Un manuscrit annoté peut, à première vue, ressembler à une longue liste d’objections. Pourtant, ces suggestions ne constituent pas nécessairement une remise en cause du travail de l’auteur. Elles invitent plutôt à réfléchir ensemble à la meilleure manière de le communiquer.
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